Sébastien un Ami Luxembourgeois (que beaucoup connaissent aussi dans le millieu du foot pour son livre ) est partit pour 3 semaines en Israél et dans les territoires occupés avec d'autre personnes de son ONG et il nous livre ici ce qu'il a vécu à travers un article publié dans le journal luxembourgeois "le jeudi"du 14 août 2008
«Le 7 août, je me dirige vers Ni'lin
pour assister à une des
manifestations [non violentes
contre la construction du mur].
Pour parcourir les territoires palestiniens,
le charme des taxis collectifs a du bon mais
nécessite souvent de la patience car il faut
attendre que les passagers aient rempli le
bus pour que celui-ci prenne le départ.
Cet
inconvénient me retarde dans mon périple
vers Ni'lin et, à mon arrivée, la manifestation
est déjà terminée.
La répression avait été dure car les habitants
me signalent déjà plusieurs blessés et
deux arrestations (un Israélien et un Palestinien).
Je me dirige à travers les champs d'oliviers
dans un paysage merveilleux, entrecoupé
du son des grenades lacrymogènes
lancées incessamment par les soldats israéliens.
A quelques dizaines de mètres, des
grappes d'adolescents ripostent à coups de
pierres.
Une scène vue et revue depuis la
première intifada.
Observant la scène avec
une prudente distance, je ne peux que rester
stupéfait par leur audace.
Il y a moins
d'une semaine, deux de leurs amis ont
perdu la vie.
Les militaires passent à l'offensive et plusieurs
jeeps se dirigent vers le village pour
tenter d'encercler les manifestants.
C'est le
repli et la panique, je décide de me cacher
dans un des jardins, suivant deux jeunes internationales.
A peine le temps de reprendre
mon souffle que deux militaires pénètrent
entre les maisons et surgissent devant nous
en nous pointant leurs fusils mitrailleurs sur
le visage.
La panique est totale, malgré nos
appels au calme; c'est alors qu'ils s'emparent
de moi et se replient en me malmenant.
Je me retrouve au milieu d'un groupe
d'une demi-douzaine de soldats qui sont
harcelés par les jeunes palestiniens à coups
de pierres.
Ils décident de revenir vers leurs
véhicules et ils me forcent, les mains sur la
tête, à les suivre, bien que je leur affirme
que je suis journaliste.
Aux toilettes,
les mains liées
Une pluie de coups s'abat sur moi: des
baffes, des coups de pied, de crosse de fusil,
dans le dos, sur les bras et sur les jambes,
sur la tête, chacun s'y met, et si j'ai le malheur
de protester, ce sont d'autres coups.
Pour accompagner le tout, ce sont des insultes
et des crachats.
L'un d'entre eux est particulièrement
agressif et doit avoir à peine
vingt ans.
A proximité des jeeps, dans un passage à
découvert et assez dangereux, les jeunes
palestiniens reviennent à la charge à coups
de pierres.
Les soldats me poussent devant
eux et se servent durant une minute de ma
personne comme bouclier humain, au mépris
de toutes les conventions internationales.
C'est un moment intense, mais par
chance aucune pierre ne m'atteint.
Arrivé à leurs véhicules, je me retrouve entravé
au moyen de liens en plastique autour
des poignets.
Heureusement, le soldat qui
est chargé de ma garde est l'un des moins
nerveux du groupe et ne se permettra pas
de me frapper.
L'officier se fiche de mes explications,
ne comprend pas pourquoi je ne
reste pas à Tel-Aviv pour mes reportages.
Il me laisse ainsi, les mains liées après
avoir à peine vérifié mon identité.
Au bout
d'une heure, alors qu'une centaine de grenades
lacrymogènes ont été tirées par les
soldats, je suis transféré au poste militaire
situé à un kilomètre.
Mes explications ne
convainquent guère l'officier, qui décide de
me mettre les chaînes aux pieds et les menottes
aux mains.
Je retrouve alors le Palestinien
et l'Israélien interpellés à l'arrière d'un
panier à salade, dans l'obscurité la plus totale.
A trois, nous nous serrons sur un banc.
L'Israélien n'en est pas à sa première arrestation
et semble plutôt calme, le Palestinien,
lui, a l'air plus résigné, son sort n'est
pas enviable.
Pour ma part, j'envisage tous
les scénarios et j'ai peur de finir dans une
geôle israélienne, mon passeport m'ayant
été confisqué et aucune explication donnée.
Finalement, au bout de deux heures, alors
que la chaleur est suffocante, et sans avoir
eu le droit de boire, nos gardiens nous proposent
d'aller aux toilettes.
La satisfaction
laisse vite la place à la résignation de devoir
se contorsionner et de s'entailler les poignées
avec les menottes pour pouvoir faire
cet exercice enchaîné.
Finalement, ils m'interrogent brièvement
et l'officier décide de me relâcher.
Au passage,
il me prévient de ne jamais revenir à
Ni'lin sous peine d'emprisonnement.
L'armée
ne veut pas de témoins gênants dans
ce village: après avoir tiré sur une photographe
israélienne, ils font tout pour éloigner
les indiscrets.
On me rend mon passeport et
on me détache de mes entraves, la scène est
surréaliste, sans qu'aucune charge n'ait été
prononcée.
Avant de partir, une photo signalétique
est prise, puis un militaire me
demande de le suivre, il va me ramener en
Israël.
Dans sa voiture, le soulagement prend le
dessus, et là une scène surréaliste vient
compléter cette journée: il passe un CD de
Joe Dassin.
Je ne sais pas si je dois rire de
voir ce soldat rentrer chez lui, après tant de
violences, retrouver son foyer en Israël, tel
un quelconque banlieusard de n'importe
quel pays, alors que la voix suave de Joe
Dassin égrène les paroles de l'Eté indien...